Salvador Dali

« Je n’aime lire que ce que je ne comprends pas. Ne comprenant pas, je peux imaginer de multiples interprétations ».

« J’aime dire que Marcel Proust, avec son introspection masochiste et sa décortication anale et sadique de la société, a réussi à composer une espèce de prodigieuse bisque d’écrevisses, impressionniste, super-sensible, et quasi-musicale. Il n’y manque que les écrevisses dont on peut dire qu’elles n’y sont que par essence ».  Continuer la lecture de Salvador Dali

Guy de Maupassant. 3

Performances…
… ou comment couver des œufs de poule…

Guy de Maupassant, Toine (1885), in Toine et autres nouvelles, Folio Classique

[Un jour, le gros Toine, paysan rusé et bon vivant, se voit immobilisé dans son lit, à la suite d’une attaque. Il suggère alors à sa femme une idée qui pourrait paraître quelque peu saugrenue mais…].

 » — Il est chaud comme un four, vot’homme, qui n’sort point d’son lit. Eh ben, mé, j’li f’rais couver des œufs.
Elle demeura stupéfaite, pensant qu’on se moquait d’elle, considérant la figure mince et rusée du paysan qui continua :
J’y mettrais cinq sous un bras, cinq sous l’autre, l’même jour que je donnerais la couvée à une poule. Ça naîtrait d’même. Quand ils seraient éclos j’porterais à vot’ poule les poussins de vot’ homme pour qu’a les élève. Ça vous en f’rait d’la volaille, la mé !
La vieille interdite demanda :
— Ça se peut-il ?
L’homme reprit :
— Si ça s’peut ? Pourqué que ça n’se pourrait point ? Pisqu’on fait ben couver d’s œufs dans une boîte chaude, on peut ben en mett’ couver dans un lit.
Elle fut frappée par ce raisonnement et s’en alla, songeuse et calmée.
Huit jours plus tard elle entra dans la chambre de Toine avec son tablier plein d’œufs. Et elle dit :
– J’viens d’mett’ la jaune au nid avec dix œufs. En v’là dix pour té. Tâche de n’point les casser.
Toine éperdu, demanda :
– Qué que tu veux ?
Elle répondit :
J’veux, qu’tu les couves, propre à rien.
(…)

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Jeanne Benameur. 1

« Un petit tableau »

Extrait de L’enfant qui de Jeanne Benameur, Actes Sud, 2017

Dans ce beau passage, il est question d’une oeuvre d’art – « un petit tableau ». Saurez-vous le reconnaître ? L’idée de ce billet me vient de Martine qui propose sur son blog un puzzle artistique tous les mardis et un puzzle poétique tous les jeudis (allez voir, c’est amusant, captivant et enrichissant !). J’ai tellement galéré pour identifier ce fichu tableau que je ne donne aucun indice. Na.

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Louise Nevelson

« Je crois sincèrement que sons et couleurs sont de grands guérisseurs. Vous ai-je déjà raconté mon expérience des Kimonos Nô, Diana ? (…). Je n’habitais pas très loin du musée Metropolitan (…). Un jour donc, j’y suis allée à pied, je suis entrée. Ils avaient une exposition de kimonos Nô. Je dois vous dire qu’il y a en nous, certaines choses qui trouvent leur parallèle dans le monde extérieur, bon, donc, ces kimonos… chacun d’eux était en lui-même un univers complet. Je peux vous dire exactement où ils étaient. L’exposition était sur le côté sud du balcon, les mannequins n’avaient pas de tête, je suis montée à l’étage et je les ai regardés. Ensuite, j’ai regardé le tissu. Continuer la lecture de Louise Nevelson

Jean Renoir

« Voulez-vous me dire où est l’importance, par exemple, d’Homère : parce que, entre nous, personne n’a lu Homère ; supposons que, dans cette cour, nous soyons six mille individus et que nous posions la question : l’un de vous a-t-il lu Homère ? Si les gens sont sincères, ils diront non ; néanmoins, Homère est très important. Il se produit une chose assez curieuse avec l’œuvre d’art, c’est que celle-ci dépasse son existence ; je ne sais pas pourquoi mais c’est un fait : c’est une influence indirecte. Remarquez, soyons francs, prenons n’importe quelle grande œuvre d’art, prenons les meilleurs tableaux du Louvre ; combien de français les ont-ils vus ?

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