Marguerite Yourcenar

« En présence de cette humanité sentie plus que jamais comme précaire, en présence même de ce monde animal et végétal dont nous accélérons la perte, il semble que l’émotion et la dévotion de Caillois se refusent ; il cherche une substance plus durable, un objet plus pur.

Continuer la lecture de Marguerite Yourcenar

Benoît Lambert. 1

Benoît Lambert est metteur en scène. Depuis 2013, il est directeur du Théâtre Dijon-Bourgogne. Il est également l’auteur de plusieurs pièces de théâtre dont Bienvenue dans l’espèce humainecréée le 13 février 2012 au lycée Stephen Liégeard à Brochon (Côte-d’Or). Il m’a été donné d’assister à une représentation de cette pièce récemment, interprétée par deux comédiennes, Anne Cuisenier et Géraldine Pochon. C’est drôle, fin, grinçant, déstabilisant (pas du tout racoleur, comme on pourrait le croire au départ). En voici un extrait.  Continuer la lecture de Benoît Lambert. 1

Jeanne Benameur. 3

« Lui, là-bas, en Afrique, il n’avait pas cherché à sauver l’humanité, il avait juste voulu sauver une femme. Une seule. Et inconnue.
Il ne sait toujours pas pourquoi. Parce qu’il faut se faire croire que la barbarie c’est pour les autres ? Pour rester humain au fond de soi, un peu ? A la fin d’une journée lestée de son pesant d’horreurs, comme chaque journée, il y avait eu cette femme devant une case restée miraculeusement debout. Exténuée de maigreur, son lait devait être tari depuis bien longtemps. Le bébé calé dans l’angle décharné du coude, elle essayait de faire entrer une cuiller en bois vide dans sa bouche. Il s’était arrêté, saisi. C’était la cuiller vide et ce geste obstiné de nourrir. Le bébé ne pouvait plus ouvrir la bouche. Le geste se répétait. Insensé. Inutile. Lui, Marc, voyait le vide de la cuiller qu’elle tentait de faire entrer dans la bouche du bébé auquel répondait le vide à l’intérieur de la bouche obstinément close, même plus capable de donner le change de l’ouverture. Voilà. Une mère et son enfant. Un microcosme absurde… la folie sans bruit qui s’empare des êtres. Parce que plus rien n’a de sens.
Cette nuit, Marc se dit que c’est ça qui l’avait fait se pencher, attraper cette femme, la charger sur son dos. Au geste vide de la mère ne répondait plus rien. Pour l’enfant c’était trop tard. Il savait que les hyènes s’en chargeraient. Continuer la lecture de Jeanne Benameur. 3

Albert Cohen

Ô vous, frères humains, Albert Cohen, Gallimard, 1972

Quatrième de couverture

« Un enfant juif rencontre la haine le jour de ses dix ans. J’ai été cet enfant« . A.C.

« Page blanche, ma consolation, mon amie intime lorsque je rentre du méchant dehors qui me saigne chaque jour sans qu’ils s’en doutent, je veux ce soir te raconter et me raconter dans le silence une histoire hélas vraie de mon enfance. Toi, fidèle plume d’or que je veux qu’on enterre avec moi, dresse ici un fugace mémorial peu drôle. Oui, un souvenir d’enfance que je veux raconter à cet homme qui me regarde dans cette glace que je regarde ». (page 7)

Continuer la lecture de Albert Cohen